La Fémis Séries TV23/04/2016

 

Lola Upside Down, série finlandaise présentée en avant-première mondiale à Séries Mania, dépeint le quotidien d’une communauté isolée au large des côtes finlandaises. Tout à la fois satire du pouvoir patriarcal, quête identitaire d’adolescentes désabusées, huis-clos onirique aux embardées surréalistes, Lola Upside Down est une série qui ose s’aventurer hors des sentiers battus.

 

Comment vous est venue l’idée d’adapter le roman de Monika Kristina Fagerholm en série ?

Ulrika Bengts : D’habitude, je déteste les adaptations. Je connais personnellement l’auteure depuis très longtemps. J’ai toujours admiré son travail, et j’ai toujours pensé qu’il était inadaptable ! Puis j’ai lu Lola Upside Down, un roman très différent des autres, très foisonnant. J’ai eu envie de m’en emparer. Et donc je l’ai fait !

 

Ulrika Bengts durant la conférence de la SACD

Ulrika Bengts a parlé de son travail durant la conférence « Quelle place pour les réalisateurs dans les séries ? » crédits Nathalie Prébende

Qu’avez-vous conservé du texte original ?

Ulrika Bengts : Il a fallu simplifier : le roman est très complexe, construit comme une spirale avec une double temporalité. Ce qui a lieu au présent dans la série, a eu lieu seize ans auparavant dans le roman. J’ai choisi que tout se passe au présent. Ce qui arrive dans le pilote de la série est seulement évoqué dans le roman, nous l’avons en quelque sorte reconstruit pour mettre au cœur de l’histoire les habitants du moulin, qui me semble être les personnages principaux de l’œuvre.

 

L’auteur du roman a-t-elle participé à l’adaptation ?

Ulrika Bengts : Pas du tout, elle nous a laissé carte blanche. Elle a lu les scripts, elle en était très contente. J’ai co-écrit avec une auteure de scénario avec laquelle j’avais déjà collaboré, Annina Enckell. C’est ma première expérience de co-écriture, ça s’est très bien passé !

 

Lola Upside Down se réclame-t-elle d’un genre particulier ?

Ulrika Bengts : Le roman est une sorte de thriller, au sens où des gens sont assassinés, mais ce n’est pas central. On ne joue pas sur le mystère, on sait qui sont les coupables. Bien sûr, il y a une enquête, les policiers ont leur importance, mais plus en tant que personnages qu’en tant que fonction.

Je souhaitais mélanger différents genres. Comme réalisatrice, j’ai l’habitude de changer radicalement de démarche d’un film à l’autre. Ma précédente série The Disciple se voulait très sobre. Avec Lola, j’ai au contraire eu l’envie de quelque chose de plus baroque, j’ai voulu tout y mettre et utiliser tous les chemins pour raconter une histoire. Ça commence comme un drame, il y a aussi de la comédie, de la comédie noire, du slapstick, de la comédie musicale, des numéros de danse… Je n’ai pas eu de problème à convaincre la chaîne qui connait très bien mon travail. J’ai eu plus de difficultés à convaincre les partenaires étrangers !

 

Monika Kristina Fagerholm a mentionné Twin Peaks comme une source d’inspiration. Qu’en est-il pour la série ?

Ulrika Bengts : J’ai beaucoup admiré la série de David Lynch quand elle a été diffusée, et bien sûr, je la revendique comme une source d’inspiration. Mais Lola Upside Down est un objet fondamentalement différent. D’ailleurs, je n’ai pas revu Twin Peaks au moment de l’écriture de Lola. J’ai voulu créer un monde qui nous appartienne en propre. Comme dans Twin Peaks, Lola fait cohabiter plusieurs genres. Et comme dans Twin Peaks, on traite d’une communauté repliée sur elle-même.

Flatnäs n’est pas à l’image de la Finlande d’aujourd’hui. C’est l’allégorie d’une petite société très fermée, où tout est figé depuis des générations, qui n’accepte aucun élément étranger. Une fois que vous y êtes né, votre vie est toute tracée. J’ai voulu montrer comment l’on devient adulte dans une société comme celle-ci.

J’ai travaillé autour de deux thématiques fortes, celle du genre et celle des différences de classes. En un sens, c’est aussi une série qui parle de l’Europe, et de la façon dont nous nous replions sur nos petites identités. C’est encore une critique politique de la concentration du pouvoir entre les mains de quelques-uns. C’est enfin une série qui oppose rationalisme et mysticisme, art et matérialisme. Elle dépeint une société au bord de l’implosion, entre les comportements réglés de la journée, et ceux déréglés de la nuit.

 

Interview réalisée le 23 avril 2016 par Marine Maugrain Legagneur et Winnie Vatimbella, étudiantes de la promotion 2016 « Création de Séries TV » de la Fémis.