La Fémis Séries TV16/04/2016

 

Rencontre avec l’équipe de NSU German History X (Mitten in Deutschland : NSU) : la créatrice et productrice Gabriela Sperl, le scénariste Thomas Wendrich et le comédien Sebastian Urzendowsky. Une vague de crimes racistes a secoué l’Allemagne au début des années 2000. A travers le portrait d’une adolescente désabusée attirée par les idéaux de l’extrême-droite, NSU German History X revient sur ces tragiques événements.

 

Comment se compose la trilogie ?

Gabriela Sperl : NSU se compose de trois épisodes de quatre-vint-dix minutes, chacun épousant une perspective de ce fait de société que fut l’avènement du National Socialist Underground, mouvement au nom duquel furent commis neuf crimes racistes au début des années 2000.

Thomas Wendrich : Le premier volet – intitulé « Les Coupables » – montre la manière dont un trio de jeunes adultes se radicalise dans une Allemagne pauvre et désabusée, jusqu’à commettre un meurtre de sang froid, le premier d’une longue série. L’épisode suivant raconte, sur une période de dix ans, la trajectoire de la fille d’une des victimes qui se bat pour que la justice prenne la pleine mesure du meurtre de son père. Enfin, le dernier épisode est centré sur l’enquête policière et la récupération politique des événements. L’occasion de retrouver le trio du premier épisode, maintenant au cœur de l’investigation policière.

 

Pourquoi avoir choisi le format 3x90min ?

Thomas Wendrich : Le format 3×90 minutes est parfois utilisé en Allemagne. Dans notre cas, il s’est imposé comme le meilleur moyen de raconter l’histoire de NSU. En centrant chacun des «films » sur un des aspects de l’affaire, le format est au service du propos et permet une meilleure mise en perspective d’un pays dont la reconstruction est ébranlée par des crimes violents. Le fait de pouvoir renouveler les points de vues d’un épisode à l’autre permet de livrer une vision plus complexe de l’affaire en s’éloignant du commentaire du fait divers.

Gabriela Sperl : A l’international, NSU sera vendu sous un format de 6×45 minutes afin de mieux s’adapter aux diffuseurs étrangers. La manière dont les personnages se croisent et dont les histoires s’entrelacent permet le passage en 6x45min.

 

Sebastien Urzendowsky et Gabriela Sperl lors de la présentation de NSU German History X à Séries Mania crédits Nathalie Prébende

Sebastien Urzendowsky et Gabriela Sperl lors de la présentation de NSU German History X à Séries Mania crédits Nathalie Prébende

Comment avez-vous réussi à créer de l’empathie pour des personnages néo-nazis ?

Thomas Wendrich : L’idée n’était pas de les présenter comme des monstres, mais, au contraire de comprendre ce qui les a menés vers cette violence. Tout est affaire de choix. C’est pour cela que l’on entre dans la série avec les personnages de Beate et Sandra. Face à une situation difficile, elles font des choix différents. Sandra part, s’ouvre vers l’étranger : un couple mixte et un travail à l’international, tandis que Beate reste. En restant, elle est tiraillée entre plusieurs communautés : la scientologie, les alter-mondialistes et les néo-nazis. En rejoignant le NSU, Beate se trouve une famille. À ce titre , il était important de montrer des personnages optimistes et sympathiques, malgré la violence des actions du groupe.

Sebastian Urzendowsky : En tant qu’acteur, il était frappant de constater que les scènes avec beaucoup de figuration (par exemple la scène de concert) dégageaient une vraie puissance. Il y régnait une ambiance bienveillante et fraternelle même lorsque l’on devait chanter des chants nazis. C’est assez troublant, mais ça permet de mieux comprendre les personnages.

Gabriela Sperl : La série est provocatrice en ce qu’elle interroge le spectateur : on l’amène à se demander « qu’est-ce que j’aurais fait à sa place ? ». On essaye de le faire douter avant de juger. Ainsi, lorsque l’on aborde le point de vue des victimes en épisode 2, le spectateur arrive chargé de ce qu’il connaît des tueurs et de leur histoire.

 

 

Interview réalisée le 16 avril 2016 par Laure Bourdon Zarader et Thibault Valetoux, étudiants de la promotion 2016 « Création de Séries TV » de la Fémis.