La Fémis Séries TV19/04/2016

 

L’intégralité de la mini-série anglaise Capital a été projetée en première internationale à Séries Mania. Cette adaptation du roman éponyme de John Lanchester aborde la société anglaise contemporaine par le prisme d’une seule rue. Rencontre avec Derek Wax, son producteur (Kudos Productions).

 

Comment est née cette série ?

Derek Wax : J’ai lu le roman de John Lanchester, Capital, il y a environ trois ans. Il offre un brillant panorama du Londres d’aujourd’hui. Presqu’à la façon de Dickens, il montre ce qu’est l’Angleterre à travers le microcosme d’une rue. La BBC était également séduite par cette œuvre. Au terme d’un casting de producteurs, John Lanchester m’a choisi pour acquérir les droits – très convoités – de son roman. Mais cette adaptation comportait un grand défi : le roman est fait des monologues internes des personnages. Ils ne se parlent pas entre eux. Il fallait donc extérioriser ces pensées pour créer du dialogue et de l’interaction entre les personnages. J’ai donc proposé ce challenge au scénariste Peter Bowker qui a une grande capacité à retranscrire une réalité psychologique et l’essence des relations humaines.

 

Vous n’en êtes pas à votre première collaboration avec Peter Bowker. Comment s’est passé le processus d’écriture ?

Derek Wax : Il a d’abord fallu faire un peu de tri car il y avait beaucoup de matière. Les thèmes du secret et de l’espionnage sont restés au cœur de l’écriture. Qu’est-ce qu’on dit aux autres et qu’est-ce qu’on garde pour soi ? Chaque personnage veut protéger son intimité. Il s’agit d’un quartier où les voisins ne se connaissent pas les uns les autres. Or les cartes qu’ils reçoivent, marquées « We want what you have » (« On veut ce que vous avez »), malgré leur aspect menaçant, les amènent à se rencontrer.

 

Beaucoup de séries actuelles sont le fruit d’une adaptation (d’un livre, d’une série étrangère). Pourquoi cet engouement au détriment des projets originaux ?

Derek Wax : Les chaines britanniques veulent ce qu’il y a de mieux. Parmi le meilleur se trouve des idées de séries originales mais aussi des œuvres littéraires porteuses d’une vision d’auteur nouvelle et authentique. Il y a également les classiques, les Dickens, les Jane Austin, qui sont adaptés encore et encore. Mais il est courageux de la part de BBC de miser sur des romans récents. Il est important de parler de la façon dont on vit aujourd’hui. On ne veut pas baigner éternellement dans la nostalgie. Capital est vraiment ancrée dans le présent.

 

Tout au long de votre carrière de producteur, vous vous êtes intéressé à des sujets de société. C’est important pour vous de parler du monde contemporain ?

Derek Wax : J’ai toujours eu le désir d’explorer des univers qui n’étaient pas montrés à la télévision. Il y a dix ans, j’ai produit Sex Traffic, la première série sur le trafic de femmes en Europe de l’Est. À l’époque le grand public ne connaissait pas grand-chose à ce sujet. Occupation traitait de l’intervention anglaise en Irak.

Ce n’est pas évident pour la BBC de s’engager sur ce genre de sujets car certains décideurs ont peur que cela soit trop déprimant, trop pessimiste. Heureusement il existe des personnes audacieuses grâce auxquelles on peut porter ces sujets à l’écran.

 

Derek Wax, producteur de la série Capital, au Festival Séries Mania crédits C. Glachant et G. Bonnelye

Derek Wax, producteur de la série Capital, au Festival Séries Mania crédits C. Glachant et G. Bonnelye

Capital est une mini-série. Etait-ce un choix de votre part ?

Derek Wax : BBC1 a tout de suite pris la décision d’en faire une mini-série de trois épisodes. Peut-être aurait-on pu en faire quatre, certaines choses auraient pu être plus creusées.  Mais la chaine avait le sentiment qu’il fallait partir sur trois, et je pense que c’est un bon choix.

 

À l’image de Black Mirror, mini-série sur plusieurs saisons, peut-on imaginer une suite à Capital ?

Derek Wax : On est sûrs de rien pour le moment, rien n’est décidé. Le roman est terminé donc… Mais si jamais John Lanchester décidait d’écrire un sequel, nous serions très intéressés de l’adapter. Nous avons de supers personnages, un excellent casting, un réalisateur qui a apporté une vraie vision. Nous verrons.

 

Interview réalisée le 19 avril 2016 par Chloé Glachant et Gabriel Bonnelye, étudiants de la promotion 2016 « Création de Séries TV » de la Fémis.