Oriane Hurard 07/09/2016

 

 

Ce n’est pas encore Noël, mais c’est tout comme : les cartables neufs, les feuilles qui tombent et les nouvelles grilles des programmes télé. À priori éloignées de ce calendrier imposé, les webséries ont cependant quelques défis devant elles. Alors, que peut-on leur souhaiter pour la rentrée ? « Wishlist » en quatre points.

 

 

De l’audace

 

Commençons par enfoncer des portes ouvertes : non aux programmes qui se contentent de filmer une jeune fille raconter ses dates foireux face caméra ou une bande de potes faire les pires conneries en caméra cachée. On exagère, mais à peine. On est particulièrement sévère face aux webséries qui reproduisent, au choix, les codes d’un web déjà archaïque, ou pire, ceux de la télé de papa.

Si le web est le lieu de la liberté, alors il faut oser ! À ce titre, on peut notamment vous conseiller le visionnage de Charon, où Joseph Minster, passé par la Fémis en réalisation, revisite avec délicatesse et drôlerie le passage aux Enfers. Citons encore 1999, sorte de The Office australien chantée et complètement délire, menée avec brio par le collectif d’humoristes Aunty Donna. Enfin, prévue pour Halloween sur ARTE Creative, Le Ball Trap vous fera partager le véhicule d’hiboux et crapauds empaillés, à la recherche du paradis des animaux morts.

 

© Aunty Donna

© Aunty Donna

 

 

De la reconnaissance

 

Même si les sections spécialisées dans les festivals se multiplient, force est de constater que la websérie reste, encore et toujours, reléguée à un sous-genre hybride, coincée entre Youtube et le court-métrage.

Les choses vont peut-être changer avec l’arrivée de « vraies » séries créées à partir de webséries. En France, Dead Landes, prochainement sur France 4, a été réalisée par François Descraques, déjà bien connu des websériephiles (Le Visiteur du Futur, c’est lui et la bande de Frenchnerd, aussi). Aux États-Unis, High Maintenance arrive sur HBO le 16 septembre, en reprenant le même comédien – et également co-créateur – que la websérie d’origine. Celle-ci, financée par Vimeo, avait été lauréate de la meilleure websérie Séries Mania en 2014.

 

 

 

De la longueur

 

Les webséries ne sont pas forcément courtes. Faisant fi de la règle de la vidéo en ligne voulant que « plus c’est court, plus c’est bon », les webséries suivent l’exemple de leurs cousins les moyen-métrages, pour épouser un format plus long et un rythme moins effréné. Le temps de développer une intrigue plus élaborée, de suivre des personnages moins stéréotypés, bref, de créer des séries plus complexes ; et ça, ce n’est pas nous qui nous en plaindrons.

Outre les webséries indiennes spécialistes des épisodes de 25 minutes, on peut citer Translantics ou encore Endzeit, deux séries égratignant le monde de l’art contemporain. Dans la première, que vous avez peut-être vue lors de la dernière édition de Séries Mania, l’artiste Britta Thie se met en scène, avec ses amies, dans une vision sans pitié – mais hilarante – de l’art contemporain berlinois. Dans l’autrichienne Endzeit, nous découvrons Daniel, jeune père de famille et artiste, décider de commercialiser des kits survivalistes pour exploiter le « marché de la peur ».

 

©Anna & Jan Groos

©Anna & Jan Groos

 

 

De l’argent (et oui)

 

Cet automne, on attend aussi la sortie de Studio+, une appli made in Canal+ (ou plutôt, le groupe Vivendi) qui devrait se lancer en Amérique du Sud puis en Europe et en France. Présenté comme le « Netflix des séries courtes », la promesse du service est plus que séduisante : des séries ambitieuses et bien financées (on annonce des montants allant jusqu’à un million d’euros !), un format fixe (10 x 10 min), une nouveauté par semaine. Parmi les futures séries vues ici et là (MIP, Série Séries, Fiction de la Rochelle), on peut noter Amnesia, avec Caroline Proust (Engrenages) ou encore Tank, avec Alban Lenoir (Un Français). Studio + arrivera-t-il à imposer à la fois un nouveau format et un nouveau mode de consommation ? On en reparle très vite.

 

©Studio+

©Studio+

 

 

Oriane Hurard

 

 

avatar d'Oriane HurardSpécialisée dans le transmedia et les contenus interactifs, Oriane Hurard travaille pour plusieurs festivals (Festival Tous Ecrans, I LOVE TRANSMEDIA, Séries Mania) ainsi que pour des sociétés de production spécialisées dans les nouveaux médias. Elle écrit en dilettante, mais toujours avec passion, pour ARTE, Soap et le blog du Fonds des Médias du Canada à propos des séries TV et des nouvelles écritures. Retrouvez Oriane Hurard sur Twitter @orianehurard