Oriane Hurard 17/05/2017

 
Ça y est, la mystérieuse application Blackpills, financée par Xavier Niel, a été mise en ligne le 5 mai dernier. Passage en revue des premières séries proposées.
 

 
Financé par les poids lourds du web français (Xavier Niel et Daniel Marhely), associés à Patrick Holzman (ex-Canal +) et au réalisateur Philippe Haïm (Les Dalton, XIII) du côté de l’éditorial, Blackpills était attendu depuis plus d’un an ; une attente rythmée par l’annonce des différents talents, de Kev Adams à Louis Leterrier, recrutés pour révolutionner le monde de la (web)série.
 
Aujourd’hui, le service est uniquement accessible via une application gratuite à télécharger sur Google Play et App Store. Seul un numéro de téléphone est demandé à l’inscription. Une fois cette formalité effectuée, on accède directement aux séries disponibles, dans une interface élégante qui n’est pas sans rappeler l’ergonomie de Netflix ou encore Studio+, son principal concurrent français.
 
Images cash, slogans provocateurs, titres chocs et courts : tout est fait pour adopter le ton de la cible visée, ces fameux millenials vissés à leur écran 24h/24. Aux Etats-Unis, Blackpills a d’ailleurs noué un partenariat avec Vice pour mieux toucher cette cible convoitée.
 

 

écran de l’application Blackpills © DR

 

 

SEXE, GUN ET (UN PEU DE) ROCK’N ROLL

Si on écarte You Got Trumped, série parodique façon Saturday Night Live (mais en moins drôle), lancée en octobre dernier, neuf séries inédites sont à l’heure actuelle disponibles sur la plateforme. Petite sélection de quatre d’entre elles.
 

 

JUNIOR


 

 
Réalisée par Zoé Cassavetes, déjà aux manettes de deux longs-métrages (Broken English, Day out of days), Junior montre la jeune Logan, adolescente libérée et passionnée par la Nouvelle Vague, qui se filme et se cherche sur les hauteurs de Los Angeles. Entre sexualité agressive et crise parentale, Zoé Cassavetes ne révolutionne pas ici le genre balisé du récit initiatique, mais signe un portrait tendre de la jeune fille en fleur à l’ère de Snapchat, avec une approche méta assez réussie. Perdue au milieu de « blockbusters » plus formatés, Junior ressemble davantage à un film de Noah Baumbach qu’à une véritable série, et c’est sans doute ce qui la rend si réussie.
 

 

DUELS

visuel websérie Duels

Duels © Blackpills


 
Et si les duels, à l’épée ou au pistolet, étaient réhabilités comme moyen de venger son honneur ? C’est le parti-pris original de Duels, qui commence comme la série 13 Reasons Why (une jeune fille se suicide suite à une humiliation publique initiée par un de ses camarades) avant que l’ami d’enfance de cette dernière ne décide de demander réparation. Très rapidement, la série dessine le portrait d’une humanité cédant à ses plus bas instincts, et établit un parallèle troublant avec la violence inhérente au peuple américain – comme en témoigne la citation de Lincoln placée en exergue du pilote : « L’Amérique ne sera jamais détruite de l’extérieur. Si nous vacillons et perdons notre liberté, nous le devrons qu’à nous-mêmes. »
 

 

PLAYGROUND


 

 
La série créée par Luc Besson reprend sans trop se fatiguer le point de départ du film Nikita (1990) : bienvenue dans une école secrète destinée à former des tueurs d’élite adolescents. Parmi eux, Amy est une orpheline rebelle qui abat dès le premier épisode 4 hommes de sang-froid sous le regard froid du « Father », le mystérieux directeur de l’établissement incarné par Simon Abkarian . La série a la main lourde sur les cascades et les coups de feu, un peu moins sur les dialogues et le scénario réduits au strict minimum.
 

 

PINEAPPLE


 

 
Lorsqu’une jeune fille est agressée dans la mine d’une petite ville d’Amérique, toute la population locale est concernée. Une drôle d’atmosphère à la Twin Peaks pour une mini-série composée de trois épisodes seulement, qui aurait méritée d’être un peu plus développée – la conclusion, absurde à souhait, nous a laissé un peu perplexe. Outre ses références lynchiennes, Pineapple assume clairement le rôle d’ovni du service et a ainsi été montrée au festival de Sundance en janvier dernier. CQFD.
 

 

 

 

avatar d'Oriane HurardSpécialisée dans le transmedia et les contenus interactifs, Oriane Hurard travaille pour plusieurs festivals (Festival Tous Ecrans, I LOVE TRANSMEDIA, Séries Mania) ainsi que pour des sociétés de production spécialisées dans les nouveaux médias. Elle écrit en dilettante, mais toujours avec passion, pour ARTE, Soap et le blog du Fonds des Médias du Canada à propos des séries TV et des nouvelles écritures. Retrouvez Oriane Hurard sur Twitter @orianehurard