Oriane Hurard 14/06/2017

 

La websérie Les Engagés propose un récit inédit sur la communauté gay, vue à travers le prisme associatif. À l’occasion de la diffusion des deux derniers épisodes cette semaine, nous vous offrons cinq (excellentes) raisons de regarder la série !

 

1. Pour le sujet : une chronique inédite sur un centre LGBT associatif

Hicham, 22 ans, quitte sur un coup de tête sa vie morne et sa famille pour rejoindre à Lyon le seul garçon gay qu’il connaisse, Thibaut, rencontré quelques années auparavant. En apparence, Thibaut est l’antithèse d’Hicham : insouciant, libre, le jeune homme a une sexualité affranchie et surtout, milite à l’association LGBT « Le Point G ». Sur le ton de la chronique, la série s’attache au parcours d’Hicham, à la découverte de ce qu’il en même temps que du nouveau monde qui s’ouvre à lui : les guerres internes pour le contrôle de l’association, mais également ses luttes et ses actions, notamment contre la mairie qui aimerait bien, cette année, interdire la Gay Pride.

 

 

Les Engagés donne à voir une France jeune, métissée, engagée, aux genres et sexualités pluriels – la série a d’ailleurs été soutenue par le Fonds « Images de la diversité » du CNC. Exubérant, le personnage de Claude, joué par Denis D’Arcangelo (Les nuits fauves) côtoie celui de Laurent, avocat qui revendique le « droit à l’indifférence » ; au milieu, des jeunes comme Thibaut ou Hicham, qui vivent plus ou moins bien leur homosexualité.

La série offre un ton rare dans la fiction web, où l’efficacité du récit est souvent favorisée. Ici, on s’intéresse aux arcanes du fonctionnement d’un microcosme associatif, recomposant les différents courants du militantisme – outing, non-mixité, le poids de l’action « coup de poing » face à la méthode légale, etc. Un véritable condensé de la lutte LGBT, porté par des personnages hauts en couleur.

 

visuel les engagés

© France Télévisions

2. Pour sa mise en lumière salutaire : une communauté encore trop peu visible sur les écrans

Les Engagés expose une communauté souvent discriminée ou caricaturée sur le petit écran, et particulièrement en France. Pourtant, les festivaliers de Séries Mania se souviennent bien de Don’t ever wipe tears without gloves, la série suédoise qui avait fait pleurer dans les salles du Forum des images en 2013 (et remporté le Prix du Public). Cette année, c’était When We Rise de Gus Van Sant qui revenait sur 40 ans de luttes en faveur des droits LGBT aux Etats-Unis.

Il semblerait que la France se réveille peu à peu et commence à aborder ce sujet ; avec Les Engagés, donc, suivie prochainement par 120 battements par minute de Robin Campillo, qui reviendra sur les combats de l’association Act Up, déjà auréolé du Grand Prix du dernier festival de Cannes. Enfin, la mini-série Fiertés de Philippe Faucon (le réalisateur de Fatima) est attendue sur ARTE en 2018. L’histoire de la communauté homosexuelle arrive enfin sur nos écrans, et c’est tant mieux.

 

3. Pour son créateur : un récit autobiographique qui garantit l’authenticité du propos

Si le nom de Sullivan Le Postec vous dit quelque chose, c’est normal. Le jeune scénariste était l’une des têtes pensantes derrière feu Le Village, webzine de référence dédié à la fiction européenne, qui a contribué entre 2007 et 2012 à l’émergence d’une pensée critique autour de la série française (entre autres). Sullivan a ensuite choisi de passer « de l’autre côté » et de devenir scénariste. Il continue à collaborer régulièrement au Daily Mars (notamment pour partager sa passion sur X-Files ou Doctor Who).

Les Engagés est son premier projet personnel, qu’il a commencé à écrire dès 2010, d’abord sous forme d’épisodes de 30 minutes. Sullivan n’en fait pas un mystère : la série a un fond autobiographique certain, s’inspirant de ses années d’engagement associatif lyonnais. L’ancrage local de l’histoire n’est d’ailleurs pas un hasard : le scénariste a beaucoup insisté pour que la série puisse se tourner sur place – ce qui a été rendu possible par le soutien de la Région à la production.

 

4. Pour le comédien principal : la révélation Mehdi Meskar

 

visuel les engagés

© France Télévisions

Au sein de la galerie de personnages peuplant la série, on ne voit que lui. Mehdi Meskar, 22 ans à peine, interprète Hicham avec intensité et subtilité. Les gros plans où on le voit lutter contre ses préjugés, accepter qui il est, figurent parmi les plus beaux de la série. Le comédien empêche son personnage de céder aux écueils d’un trop-plein de sensiblerie ou de caricature, en se maintenant dans un juste milieu.

Dans le troisième épisode, c’est un simple « oui », symbole de son coming out en cours, qui lui fait gagner sa place dans l’asso. Pas de doute, ce jeune comédien, qu’on a pu voir récemment dans Orpheline d’Arnaud des Pallières, est de ceux qu’il faut suivre.

 

5. Pour la promesse : une ambition du service public à soutenir

Les Engagés est indéniablement l’une des productions les plus ambitieuses jamais coproduite et mise en ligne par Studio 4. Jusque-là, la plateforme s’était surtout distinguée par un catalogue fourni en comédies diverses (du Visiteur du Futur aux Textapes d’Alice) et en séries d’animation (Je suis super, Mr Carton).
Avec Les Engagés, elle s’attaque à un genre plus mature (la chronique dramatique), sans parler du thème, abordé avec rigueur et authenticité. On peut citer également The Man Woman Case, autre série récemment mise en ligne par le service, qui raconte, cette fois en animation, l’histoire vraie d’un transgenre dans l’Australie des années 20.

 

Le fait que la vitrine web du service public lance un projet aussi ambitieux, et qui plus est sur du format assez long (10 x 10 minutes), est un bon présage pour l’avenir de la websérie en France. Jusqu’ici, l’évolution du secteur s’était avant tout concentrée sur l’arrivée de nouveaux entrants du privé, et avec eux d’un nouveau paradigme économique.

Avec Les Engagés, il est bon de se rappeler que Studio+ et Blackpills ne sont pas les seuls à produire de la fiction web de qualité.
 

 

 

 

avatar d'Oriane HurardSpécialisée dans le transmedia et les contenus interactifs, Oriane Hurard travaille pour plusieurs festivals (Festival Tous Ecrans, I LOVE TRANSMEDIA, Séries Mania) ainsi que pour des sociétés de production spécialisées dans les nouveaux médias. Elle écrit en dilettante, mais toujours avec passion, pour ARTE, Soap et le blog du Fonds des Médias du Canada à propos des séries TV et des nouvelles écritures. Retrouvez Oriane Hurard sur Twitter @orianehurard